Journal de bord de l'Harmattan
Lundi 24 février 2025, à 18 h TU, 19 h en France. - A Cormeilles en Vexin
N° 1405 - Le VendĂ©e Globe

Bonjour Ă  tous,

Pendant les quelques mois qui viennent de passer, connaissant mon addiction pour les traversées transocéaniques, beaucoup ont lancé la conversation sur le Vendée Globe. Malheureusement je ne suis pas cette actualité. Je crois qu’il y a deux sortes d’êtres humains, la plus grande majorité qui adore la compétition et les autres dont je fais partie.

En fait je suis attiré par le voyage, par la découverte et en solitaire si possible. Pendant ma période cheval je ne faisais pas de saut d’obstacle, mais de grandes randonnées. J’ai adoré faire le tour de la France avec ma petite moto.

Cependant j’ai été admiratif de la benjamine, Violette Dorange. A 23 ans, faire le tour du monde en solitaire sur une bête de course, chapeau ! Quelle volonté, quelle ténacité, quelle maturité, quelle hargne !

Et puis quel talent pour la communication. L’arrivée de Star Link a révolutionné les communications maritimes. On peut maintenant surfer sur Internet à un prix raisonnable. Pour moi c’était 2 000€ par mois avec seulement la météo, quelques mails et une ou deux communications téléphoniques très brèves par jour.

De mon côté, pour la santé ce n’est pas trop top. Je ne peux toujours pas me servir de mon bras droit, je vois un chirurgien de l’épaule le 4 mars, j’espère qu’il va pouvoir faire quelque chose. Du coup j’ai dû annuler ma ballade au Maroc.

Côté état général ce n’est pas trop top non plus, j’ai perdu 4 kilos en trois semaines, je suis anémié et je ne suis bien qu’au fond de mon lit. Je ne dors plus la nuit, je me couche à 21h, mais souvent le sommeil ne vient que vers 5 heures du matin. J’ai rendez-vous avec une neurologue pour voir s’il y a une solution. Un accident comme celui-là lorsqu’on est âgé est toujours très compliqué à gérer.

Le gros problème est que je suis condamné à rester inactif. Ma vie c’est la construction, le bricolage, la création et tout ça m’est interdit actuellement. Alors je passe de longues heures à rêvasser, à méditer, à repenser à tous les voyages que j’ai faits. Ce sont toujours les mêmes moments qui me reviennent, ce n’est qu’une photo dans ma tête, mais c’est un souvenir très vif.

Il y a mon bateau à sec sous un arbre rempli de belles perruches à Panama, il y a ce bon moment passé dans un restaurant en Malaisie, il y a cette énorme tempête avec la mer toute blanche dans le courant des Aiguilles, il y a le Canal de Beagle et ses énormes glaciers, il y a cet énorme orage dans le pot au noir…

Et puis il y a toutes ces merveilleuses rencontres, qui m’ont souvent procuré de nouveaux amis. Il y a également des flashs. Je me souviens souvent de cette image aperçue, c’était dans la rue principale de Port Mahon, sur Minorque. Je descendais la rue avec mon copain Jacky. Je revois encore cette apparition qui remontait la rue avec un enfant de 4 à 5 ans dans les bras. J’en suis resté tout épanoui comme dirait Georges Brassens. Mon cœur a manqué quelques battements. Quelques mètres plus loin, Jacky me dit « tu as vu », tout comme moi il a été frappé en plein cœur.

Alors j’écoute souvent en boucle ce magnifique poème de Georges Brassens, « Les Passantes ». Je l’écoute 4 ou 5 fois de suite pour bien savourer chaque mot. Je ne pourrais pas vivre sans musique. Dire qu’il y a des pays où c’est interdit.

A bientĂ´t
Jean-Louis

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